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BIO: Faut-il manger Bio ?
par Denis Corpet, sept.08, M.à.J sept. 2014

Beaucoup de mes amis mangent "Bio". Car ils croient que c'est meilleur : Meilleur pour la santé, pour le gout, pour l'environnement. Surtout si c'est sans OGM !

Bio, meilleur pour la santé ?

Il n'y a aucune preuve que le bio soit meilleur pour la santé : AUCUNE PREUVE !. Ni d'ailleurs aucune preuve que les aliments conventionnels "Non-Bio" soit mauvais pour la santé.
Bio Bien sur, pour les insectes les pesticides sont toxiques, ou pour les moisissures. Mais pour les gens, pratiquement pas. Et les doses résiduelles dans les aliments sont très très faibles. Donc une très très faible toxicité que multiplie une très très faible dose, ça fait... pas d'effet du tout. Cliquez sur l'image de droite, pour voir quels cancérigènes il y a dans nos aliments =>
Toutes les enquêtes épidémiologiques montrent que les gens qui mangent le plus de fruits et de légumes se portent mieux que les autres (moins de cancer, d'accidents cardiovasculaires, de diabète, ...). Ces enquêtes ont été faites sur des gens "normaux", qui mangeaient des plantes traitées par les pesticides, contaminées par les pesticides. Et ces gens là, ces gros mangeurs "de pesticides" se portent bien mieux que les autres.
Ce sont les composants majeurs des aliments qui jouent un rôle majeur sur la santé, pas les micro-doses de résidus, c'est donc le choix du menu qui compte : mieux vaut manger une boite d'épinards conventionnels avec du saumon d'élevage, qu'un steak-frites "Bio-Bio" (mais cette comparaison n'a jamais été testée directement, c'est quasiment impossible de voir l'effet à long terme sur beaucoup de gens). Enfin dans l'étude "du million de femmes" en Angleterre, il n'y a aucune réduction des cancers chez les femmes qui mangent Bio par rapport aux autres, sauf peut-être moins de Lymphomes NH (le LMNH est peu fréquent, sa mortalité baisse depuis 1995) (Bradbury 2014, abstract en bas de page).
De toutes façon, ceux qui mangent Bio sont différents: L'enquête Nutrinet-Santé (Kesse 2013) montre que les mangeurs "Bio" ont un mode de vie plus sain que les autres (plus actifs, moins gros, consomment plus de végétaux, moins de charcuterie, de soda et d'alcool). Ces différences, qui améliorent leur santé, masquent l'effet du "Bio" s'il existe.

Le rapport AFSSA 2003 (lien ci-dessous) trouvait une petite différence entre Bio et non-Bio pour la composition des aliments: un peu plus de polyphénols ou de vitamines dans certains légumes Bio. C'est confirmé par une étude récente (Baransky 2014) qui montre effectivement plus de polyphénols et moins de cadmium et de pesticides dans les produits Bio. Trois études récentes et complètes montrent que ces différences sont minimes, insignifiantes, et que cela n'a aucun effet mesurable sur la santé des gens (Dangour 2009, Dangour 2010, Smith-Spangler 2012, résumés en bas de cette page)
Autrement dit, on peut manger "sain et équilibré" en Bio comme en non-Bio. Il peut y avoir des trucs dangereux pour la santé dans les aliments, qu'ils soient "Agriculture Biologique" ou pas (bactéries, virus, mycotoxines, trop de sel, trop de calories, ...). Manger Bio ne signifie pas forcément manger sain.

Bio meilleur pour le gout ?

Il n'y a guère de preuve que les fruits et légumes Bio soient meilleurs pour le gout. Une synthèse d'un grand nombre d'analyses sensorielles sur ce sujet ne montre... aucune différence. Par contre, c'est vrai que les fruits et les légumes sont bien meilleurs quand on les cueille bien murs et qu'on les mange tout de suite: c'est les fruits et légumes "du jardin", qu'il soit "bio" ou pas. Enfin, les légumes (et les animaux) "bio" poussent en général moins vite que les autres, ce sont souvent des variétés moins productives: ils contiennent souvent plus de matière sèche (donc moins d'eau) et plus de polyphénols. Ils sont donc parfois "plus amers", moins sucrés, plus "natures", et ça on aime ou on n'aime pas. Bio coccinelle

Agriculture Bio meilleure pour l'environnement ?

C'est quasi-certain que l'agriculture biologique, qui utilise moins d'intrants et de traitements pollue moins l'air, le sol, l'eau. Je ne sais pas si cette pollution est très grave ou pas, mais c'est à mon avis la raison majeure d'acheter Bio, ou les produits d'une agriculture raisonnée. Un acte citoyen pour ceux qui ont les moyens dans les pays riches (en sur-production agricole).

Agriculture Bio meilleure pour le territoire et les hommes ?

Le Bio est moins productif que le "Non-Bio", et demande donc plus de main d'oeuvre pour produire autant (non seulement les rendements sont plus faibles, mais on doit plus trier les légumes et les fruits bio, voire jeter certains lots). Un territoire cultivé "en Bio" va donc avoir des exploitations plus petites en surface, avec plus d'habitants par Km2, et ça, je pense que c'est une bonne chose. De plus certains pesticides sont toxiques pour les professionnels qui les manipulent : l'agriculteur qui a pulvérisé pendant des années certains produits en ne se protégeant pas assez (masque, gants), a plus de risque qu'un autre d'avoir un cancer hématopoïétique ou une maladie de Parkinson (cf. autre façon de dire cela en bas de cette page). Voilà une deuxième raison de préférer acheter Bio. Là aussi un acte citoyen.
Si vous voulez discuter cette question, si vous avez des arguments solides, merci de m'écrire (E-mail en bas de ma page Denis)

Liens: Bonnes Pages sur le sujet

- Rapport AFSSA sur le Bio, 2003, complet et objectif (mais ceux pour qui le Bio est "une religion" ne sont pas d'accord)
- Table ronde Agrobiosciences : La vérité sur les bienfaits du Bio
- Excellent article de Bruce AMES dans La Recherche: Les polluants de notre environnement sont-ils une cause majeure de cancer ?
- Bon article équilibré, sur site "écolo" ConsoGlobe
- Fumer du Tabac Bio: zéro cancer ???
- Discussion d'un article et d'un film sur les Aliments Bio, pesticides, pollution, et cancer aliment cancer

Même Pouvoir Cancérigène des Aliments (idem image en haut à droite) :

- Un verre de vin ... qui contient 13 g d'alcool (l'alcool est peu cancérigène, mais on en boit des grammes!)
- 150 baguettes de pain ... qui contiennent 200 mg de furfural (peu cancérigène, présent dans la croûte)
- 6 700 steaks grillés ... qui contiennent 1 mg de PhIP (très cancérigène, mais dose très faible, dans le "grillé")
- 25 millions de pommes traitées aux pesticides ... qui à elles toutes contiennent 2.9 g de Captan
        le captan est un pesticide un peu cancérigène, présent à l'état de traces dans la peau des fruits traités
        les pesticides plus cancérigènes que le Captan ont tous été interdits.

Que "les pesticides" soient dangereux pour la santé, c'est certain

1- Les organochlorés comme DDT ou lindane sont toxiques. Mais ils sont interdits en agriculture. Les organophosphorés et les carbamates aussi sont toxiques, à forte dose. Aucun doute.
2- Que les pesticides autorisés aient encore une certaine toxicité pour les agriculteurs qui les épandent: c'est très probable (sans être absolument certain). Certaines maladies sont plus fréquentes chez les agriculteurs que chez les autres (maladie de Parkinson surtout (x2), quelque cancers assez rares aussi (x1.2).
3- Mon propos n'est pas de nier ces effets, mais de discuter le "dogme" que les produits Bio seraient meilleurs pour la santé, ce qui sous-entend que les produits conventionnels seraient toxiques. Ce n'est pas impossible, mais absolument NON démontré. Vous pensez peut-être: "Ce qui est mauvais pour l'agriculteur ne peut être anodin pour le consommateur." Si, justement, car c'est une question d'exposition: de dose et de fréquence. Vous savez bien que "la dose fait le poison". Si l'inhalation d'un milligramme de pesticide tous les jours favorise peut-être la maladie de Parkinson, l'ingestion d'un millionième de mg une fois par mois a bien peu de chance de produire un effet !
Mais si vous avez des arguments contraires, je suis intéressé.

Résumés des principaux articles cités (en anglais)

Bradbury 14: Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom

Background: Organically produced foods are less likely than conventionally produced foods to contain pesticide residues.
Methods: We examined the hypothesis that eating organic food may reduce the risk of soft tissue sarcoma, breast cancer, non-Hodgkin lymphoma and other common cancers in a large prospective study of 623 080 middle-aged UK women. Women reported their consumption of organic food and were followed for cancer incidence over the next 9.3 years. Cox regression models were used to estimate adjusted relative risks for cancer incidence by the reported frequency of consumption of organic foods.
Results: At baseline, 30%, 63% and 7% of women reported never, sometimes, or usually/always eating organic food, respectively. Consumption of organic food was not associated with a reduction in the incidence of all cancer (n=53 769 cases in total) (RR for usually/always vs never=1.03, 95% confidence interval (CI): 0.99–1.07), soft tissue sarcoma (RR=1.37, 95% CI: 0.82–2.27), or breast cancer (RR=1.09, 95% CI: 1.02–1.15), but was associated for non-Hodgkin lymphoma (RR=0.79, 95% CI: 0.65–0.96).
Conclusions: In this large prospective study there was little or no decrease in the incidence of cancer associated with consumption of organic food, except possibly for non-Hodgkin lymphoma.
Bradbury Kathrin.E., ... Pirie & U.o.Oxford Million Women Stud. British Journal of Cancer, 2014

Baranski 14: Higher antioxidant and lower cadmium concentrations and lower incidence of pesticide residues in organically grown crops: a systematic literature review and meta-analyses

Demand for organic foods is partially driven by consumers' perceptions that they are more nutritious. However, scientific opinion is divided on whether there are significant nutritional differences between organic and non-organic foods, and two recent reviews have concluded that there are no differences.
In the present study, we carried out meta-analyses based on 343 peer-reviewed publications that indicate statistically significant and meaningful differences in composition between organic and non-organic crops/crop-based foods. Most importantly, the concentrations of a range of antioxidants such as polyphenolics were found to be substantially higher in organic crops/crop-based foods, with those of phenolic acids, flavanones, stilbenes, flavones, flavonols and anthocyanins being an estimated 19 (95 % CI 5, 33) %, 69 (95 % CI 13, 125) %, 28 (95 % CI 12, 44) %, 26 (95 % CI 3, 48) %, 50 (95 % CI 28, 72) % and 51 (95 % CI 17, 86) % higher, respectively. Many of these compounds have previously been linked to a reduced risk of chronic diseases, including CVD and neurodegenerative diseases and certain cancers, in dietary intervention and epidemiological studies. Additionally, the frequency of occurrence of pesticide residues was found to be four times higher in conventional crops, which also contained significantly higher concentrations of the toxic metal Cd. Significant differences were also detected for some other (e.g. minerals and vitamins) compounds. There is evidence that higher antioxidant concentrations and lower Cd concentrations are linked to specific agronomic practices (e.g. non-use of mineral N and P fertilisers, respectively) prescribed in organic farming systems.
In conclusion, organic crops, on average, have higher concentrations of antioxidants, lower concentrations of Cd and a lower incidence of pesticide residues than the non-organic comparators across regions and production seasons.
Barański M., ... and C. Leifert. Brit.J.Nutr. 2014, 112(5):794-811.

Kesse-Guyot 13: Les consommateurs réguliers de produits Bio présentent des caractéristiques différentes /non-consommateurs

- les choix alimentaires des consommateurs réguliers de produits Bio tendent plus vers des produits végétaux et peu raffinés chez les hommes (H) et les femmes (F) : plus de fruits (H+20% et F+31%), de légumes (HF+ 27 %), de légumes secs (H+49% et F+85%), de fruits à coque (noix, amandes, noisettes : H+239% et F+381 %), d’huiles végétales (HF+37%), de céréales complètes (H+247% et F+153%), avec moins de boissons sucrées (H-34% et F-46%) ou alcoolisées (H-18% et F-8%), de charcuteries (HF-31%), de lait (HF-43%) et de fastfoods (H-22% et F-25%). Leur alimentation globale (mesurée à l’aide d’un score validé) est plus proche des recommandations du PNNS.
- leurs apports caloriques moyens journaliers sont identiques, mais leurs apports sont plus élevés pour les vitamines et minéraux (+10 à 20%), les acides gras oméga-3 (+20%) et les fibres (+27 %). »

Commentaire Denis Corpet: les mangeurs "Bio" mangent "mieux" que les autres. S'ils se portent mieux, c'est impossible de savoir si c'est du "au Bio" ou à l'équilibre alimentaire. Comme on a mille preuves que l'équilibre alimentaire favorise la santé, et aucune à ce jour que le Bio est meilleur pour la santé, je pense que ce qui est sain c'est de manger légumes, fruits et poisson (Bio ou pas), et ni boissons sucrées, alcool, charcuterie, et fast-foods.
Kesse-Guyot Emmanuelle et al, 2013 Plos-One (en anglais) ; Rapport Nutrinet-Santé, 18 oct 2013 (en français)

Smith-Spangler 12: Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives?: A Systematic Review

Background: The health benefits of organic foods are unclear.
Purpose: To review evidence comparing the health effects of organic and conventional foods.
Data Sources: MEDLINE (January 1966 to May 2011), EMBASE, CAB Direct, Agricola, TOXNET, Cochrane Library (January 1966 to May 2009), and bibliographies of retrieved articles.
Study Selection: English-language reports of comparisons of organically and conventionally grown food or of populations consuming these foods.
Data Extraction: 2 independent investigators extracted data on methods, health outcomes, and nutrient and contaminant levels.
Data Synthesis: 17 studies in humans and 223 studies of nutrient and contaminant levels in foods met inclusion criteria. Only 3 of the human studies examined clinical outcomes, finding no significant differences between populations by food type for allergic outcomes (eczema, wheeze, atopic sensitization) or symptomatic Campylobacter infection. Two studies reported significantly lower urinary pesticide levels among children consuming organic versus conventional diets, but studies of biomarker and nutrient levels in serum, urine, breast milk, and semen in adults did not identify clinically meaningful differences. All estimates of differences in nutrient and contaminant levels in foods were highly heterogeneous except for the estimate for phosphorus; phosphorus levels were significantly higher than in conventional produce, although this difference is not clinically significant. The risk for contamination with detectable pesticide residues was lower among organic than conventional produce (risk difference, 30% [CI, -37% to -23%]), but differences in risk for exceeding maximum allowed limits were small. Escherichia coli contamination risk did not differ between organic and conventional produce. Bacterial contamination of retail chicken and pork was common but unrelated to farming method. However, the risk for isolating bacteria resistant to 3 or more antibiotics was higher in conventional than in organic chicken and pork (risk difference, 33% [CI, 21% to 45%]).
Limitation: Studies were heterogeneous and limited in number, and publication bias may be present.
Conclusion: The published literature lacks strong evidence that organic foods are significantly more nutritious than conventional foods. Consumption of organic foods may reduce exposure to pesticide residues and antibiotic-resistant bacteria.
Smith-Spangler C. … and Bravata D.M., Ann Intern Med. Sept.2012; 157(5):348-366

Dangour 10: Nutrition-related health effects of organic foods = Aliments Bio: a systematic review.

BACKGROUND: There is uncertainty over the nutrition-related benefits to health of consuming organic foods. OBJECTIVE: We sought to assess the strength of evidence that nutrition-related health benefits could be attributed to the consumption of foods produced under organic farming methods.
DESIGN: We systematically searched PubMed, ISI Web of Science, CAB Abstracts, and Embase between 1 January 1958 and 15 September 2008 (and updated until 10 March 2010); contacted subject experts; and hand-searched bibliographies. We included peer-reviewed articles with English abstracts if they reported a comparison of health outcomes that resulted from consumption of or exposure to organic compared with conventionally produced foodstuffs.

RESULTS: From a total of 98,727 articles, we identified 12 relevant studies. A variety of different study designs were used; there were 8 reports of human studies, including 6 clinical trials, 1 cohort study, and 1 cross-sectional study, and 4 reports of studies in animals or human cell lines or serum.
The results of the largest study suggested an association of reported consumption of strictly organic dairy products with a reduced risk of eczema in infants, but the majority of the remaining studies showed no evidence of differences in nutrition-related health outcomes that result from exposure to organic or conventionally produced foodstuffs.
CONCLUSION: From a systematic review of the currently available published literature, evidence is lacking for nutrition-related health effects that result from the consumption of organically produced foodstuffs.
Dangour AD, ... and Uauy R. Am J Clin Nutr. 2010, 92: 203-10.

Dangour 09: Nutritional quality of organic foods = Aliments Bio: a systematic review

Review of studies on organic food (= aliments bio) finds nutrition about the same as regular food: A new review of the literature on organic produce finds no evidence that organically produced foods are nutritionally superior to regularly produced food.
The study in the American Journal of Clinical Nutrition identified a total of 162 relevant articles published over a 50-year period, with 55 of them of satisfactory quality for further analysis. In terms of nutrient content, the researchers from the London School of Hygiene and Tropical Medicine found organically and conventionally produced foods are comparable in their nutrient content. The study, the largest systemic review of its kind, was commissioned and funded by the U.K. Food Standards Agency.
The review focused only on nutritional content of the food, and didn't look at the content of contaminants or chemical residues in foods from the use of chemical fertilizers or pesticides. The lack of chemical residues is one of the main benefits to consumers cited by producers and proponents of organic foods (ce qui ne veut pas dire que ce soit un avantage significatif).
Alan Dangour, one of the report's authors, says a small number of differences in nutrient content were found to exist between organically and conventionally produced foodstuffs, but these are unlikely to be of any public health relevance. "Our review indicates that there is currently no evidence to support the selection of organically over conventionally produced foods on the basis of nutritional superiority," he said in a statement. "Research in this area would benefit from great scientific rigour and a better understanding of the various factors that determine the nutrient content of foodstuffs."
Dangour Alan D, ... and Ricardo Uauy. Am J Clin Nutr 2009