Prof. Denis Corpet

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Recherches: Prévention du Cancer Denis Corpet

Pendant quelques 20 ans, j'ai cherché (avec mon équipe) comment il faudrait changer la façon de "fabriquer" les charcuteries et la viande rouge, pour diminuer le risque de cancer du côlon. Notre hypothèse est que le fer héminique des viandes augmente la lipoperoxydation, la nitrosylation, et la cytotoxicité du contenu intestinal: les aldéhydes et les composés N-nitrosés produits seraient promoteurs des tumeurs. Nous cherchons donc dans le projet Sécuri-Viande comment limiter la formation de peroxydes, de composés N-nitrosés ou cytotoxiques dans l'intestin, en changeant "la cuisine" et l'élevage. Mais comment en suis-je arrivé là ?
En 1989 je choisis d'étudier la prévention du cancer. Une année avec le génial Bob Bruce à Toronto, m'a appris la cancéro après 15 ans de bactério down. Depuis, je recherche l'effet des aliments sur la cancérogenèse colorectale, le régime anti-cancer: cela m'a fait changer ma façon de manger (voir mes Aliments favoris). Prévenir vaut mieux que guérir : tous les jours 100 personnes apprennent qu'elles ont un cancer du colon en France, et souvent trop tard pour soigner: cinquante vont en mourir. C'est ce qui a tué, trop jeune, la maman de ma Florence. On peut d'ailleurs se demander pourquoi il y a si peu de recherches en prévention du cancer, et vous pouvez voir mes motivations dans une brève vidéo Portrait d'un Chercheur

J'ai eu beaucoup de chance et fait des découvertes importantes. Notamment avec Bob, l'effet promoteur pour les rats du caramel et de la caséine cuite (2h, à sec et à 180°C) . Ensuite, avec Fabrice Pierre et Sylviane Taché, nous montrons l'effet promoteur des viandes rouges, en raison de leur contenu en fer héminique (c'est le "rouge" de la viande). En novembre 2007, le WCRF recommande de manger peu de viande rouge, et pas du tout de chacuteries ! En parallèle, nous cherchons des stratégie préventive, par exemple quand nos rats mangent beaucoup de calcium, cela inhibe complètement l'effet néfaste de l'hème. C'est peut-être pour ça que personne n'a pu démontrer que la viande rouge est pro-cancer avant 2004. Nous proposons pour 2005-2008 un sujet de thèse sur les charcuteries pour prévenir le cancer. Cette thèse a montré que certaines charcuteries favorisent le cancer du colon chez le rat, mais on peut fabriquer des charcuteries non toxiques (WCRF conference, London 12 sept 2010). . Nous avons prouvé que les polyphénols du vin rouge, la vitamine E et le calcium bloquent l'effet cancérogène du jambon chez des rats chimio-induits: Article (Bastide, Nutrition and Cancer, 2017) pdf. Je réfléchis aussi sur l'intérêt des modèles animaux pour l'Homme, avec méta-analyse des études rats et souris, et celui des marqueurs précoces du cancer (ACF, MDF). Mais j'ai surtout découvert avec Géraldine Parnaud, Ginette et Sylviane que le PEG, un laxatif très banal, est un très puissant agent " anti-cancer".
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Découverte du puissant effet anti-cancer du PEG.
J'ai découvert que le polyéthylène-glycol (PEG) est un nouvel anti-cancer, très puissant dans des modèles précliniques (rats, souris), pas cher et pas toxique du tout : un incroyable coup de bol ! On ne sait pas encore si le PEG empêche le cancer chez l'homme. Vous voulez savoir comment on a trouvé ça ? Par un heureux hasard, en cherchant autre chose (= sérendipité) : lisez l'histoire en français dans Peg & Bacon .pdf. Nous montrons donc en 1999 que le PEG 8000, un polymère déjà très utilisé chez l'homme (additif alimentaire et laxatif ordinaire), supprime complètement la cancérogenèse colorectale chez les rongeurs [Carcinogenesis]. Le PEG est 10 fois plus puissant que les autres agents de chimioprévention connus (voir leur classement). La publication majeure sur le PEG est parue dans [Cancer Research]. Depuis, on a fait un article sur les mécanismes dans l' [Internat.J.Cancer], et on a montré que le pluronique est 5 fois plus puissant que le PEG [Brit.J.Cancer] . Mon rêve maintenant prend forme: le PEG est testé dans un essai clinique chez des volontaires (essai PEG sur le site du NCI), pour savoir s'il empêche le cancer chez les gens (pas juste chez les rats !). Le National Cancer Institute des USA avait décidé de faire cet essai en 2003, mais faut du temps ! (copie NCI & PEG). J'espère vraiment que le PEG permettra, à terme, de diminuer le poids du cancer dans nos sociétés.

Prof. Denis Corpet L'impact de ces recherches n'est pas facile à mesurer, mais la décision de l'OMS/WHO d'affirmer que la consommation de charcuteries est cancérogène (gpe 1) et celle des viandes rouges probablement cancérigène (groupe 2A) est tout de même un résultat incroyable et majeur de nos travaux. Et ma participation au groupe de travail de 22 experts mondiaux au CIRC/IARC en octobre 2015 a été pour moi la cerise sur le gateau d'une vie professionnelle passionnante.
Une autre façon de mesurer l'impact de mes recherches est de regarder les 100 articles scientifiques que j'ai publiés dans des revues internationales à comité de lecture, dont une vingtaine de reviews (par ex. une synthèse sur l'intérêt des modèles animaux dans le journal CEBP). Je commence à déposer ces articles dans les archives ouvertes de l'Université de Toulouse. Quelques chapitres de livres (par ex., Alimentation & Cancers /Riboli, et Aliments Fonctionnels /Roberfroid (2ème édition avril 2008)). Presque tous mes articles sont dans de bonnes revues (facteur d'impact >2). L'un d'eux est dans le New Engl. J. Med. (impact 29), trois autres dans Cancer Research (impact 9). Ces articles, ensemble, avaient été cités plus de 800 fois (2008): C'est pas mal, sans être exceptionnel (ma Florence était citée 1835 fois en 2005, mais c'est un des meilleur score de l'INRA!). J'ai fait une centaine de communications scientifiques dans des congrès internationaux, dont un tiers sur invitation (tous frais payés !). J'essaye aussi de vulgariser, d'expliquer à "monsieur tout le monde" ce qu'on sait sur l'alimentation anti-cancer (idem en espagnol Alimentacion y prevencion del cancer), dans des confs, à la télé, au restau le J'go. J'ai déposé 2 brevets d'invention sur le PEG en France, étendus à l'Europe et aux USA PEG-anti-cancer patent. J'ai mis en place une base de données accessible sur l'internet (mille cinq cents requêtes / jour). Cette base de donnée chemoprevention database sur NACRe a un miroir sur Free, et est discutée sur le site tumor.free.fr.
Ces recherches se font dans l'équipe PPCA Alimentation & Cancers que je dirige, au sein du pôle de toxicologie alimentaire ToxAlim. ToxAlim est à l'INRA mais l'équipe est située sur le campus de l'ENVT. up
Barrière microbiologique, pathogènes et antibiotiques

Recherches en Bactériologie

Avant la cancéro, j'ai fait 15 ans de recherches à l'INRA sur les antibiotiques (résidus et additifs) et l'antibiorésistance bactérienne dans la microflore intestinale de l'homme et des animaux. J'avais commencé en 1976, en arrivant à Toulouse après l'Agro et mon service militaire. Grâce à Raibaud & Ducluzeau, j'ai "inventé" un nouveau modèle animal (voir ci-dessous), et j'ai pu expliquer pourquoi il y a des bactéries résistantes dans notre intestin : parce qu'on en avale, tout simplement ! Pour le montrer, j'ai suivi quotidiennement le nombre de bactéries résistantes dans les selles de volontaires qui mangeaient un régime normale, puis, pendant trois semaines, un régime stérile. Tout était "cuit et recuit", et pendant cette période "stérile", les résistances disparaissent des selles : Antibiotic Resistance from Food [New Engl.J.Med.]. Depuis, je me suis mis à la cancéro, mais les résistances sont devenues très à la mode. Alors il m'arrive d'être encore sollicité comme expert ès résistances, notamment sur des OGM comme le fameux maïs Bt.

Modele souris-hommes - Invention d'un modèle animal: souris à flore humaine.
J'ai eu l'idée d'étudier l'effet des résidus antibiotiques sur la microflore de l'homme chez des souris à flore humaine. On détermine ainsi la dose minimale sélectionnante in vivo [Corpet 1989, Minimum antibiotic levels for selecting a resistance plasmid in an animal model.] & Minimal Antimicrobial Dose Selecting Resistance (AAC-89). Ce modèle est recommandé dans les directives européennes (Commission Européenne), américaines (Food and Drug Administration) et mondiales (Codex, JECFA OMS) pour établir la dose sans effet et les limites maximales résiduelles (LMR) pour les antibiotiques vétérinaires. Il est développé actuellement à l'AFSSA de Fougères, et a servit de base à ma Thèse de Sciences, avec sa conclusion philosophique.
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